Le stress

Ou la vie ordinaire d’hier et d’aujourd’hui

 

Flash-back de 20 000ans.

 

Homo sapiens est bien implanté, il parle comme nous, s’amuse, fait des blagues, vit en clan, chasse, construit des abris, élève ses enfants, dit du mal des voisins. Bref, comme nous quoi!Des mammouths sont repérés à 2 heures de marche. Après une réunion du clan, il est décidé de partir en chasse.

Rahan, (nommé comme cela a cause d’une longue chevelure de feu),  un dès leur, se met en marche avec ses camarades. Il est décontracté et marche en sifflant.

Après 1h30 de marche, les premiers signes de présence des mammouths apparaissent. Les sifflets s’arrêtent. Les chasseurs progressent maintenant en silence. Le tonus musculaire augmente un peu à la manière d’un arc que l’on commence à  bander. Au détour d’un rocher, les mammouths apparaissent, énormes avec leur défense redoutable. La démarche de Rahan devient plus féline. Le tonus musculaire monte encore d’un cran, il devient vigilant, tous ses sens en alerte. La pupille se dilate, le système nerveux central focalise sur la vue, l’ouïe et l’odorat, tandis que le cervelet se prépare à organiser les schémas musculaires d’une attaque. Schémas engrangés adapté et affiné à chaque chasse.

Le groupe repère un jeune mammouth un peu à l’écart des autres. Ils l’encerclent sans bruit. Brusquement, ayant senti le danger, le jeune mammouth décide de charger, et c’est droit sur Rahan qu’il se dirige. Les yeux du chasseur s’écarquille, son corps s’arque-boute, son bras tendu à l’extrême se tord vers l’arrière comme un ressort armant ainsi sa lance.

A ce moment précis, les muscles sont contracté à l’extrême, tout privilégie l’action, la digestion s’arrête totalement, la fatigue de la marche ne se sent absolument plus, la tension artérielle augmente, le sang afflux vers les muscles et quitte les organes digestifs. C’est l’état de stress maximum.

Puis, subitement Rahan lâche son geste. Le moment optimum vient d’être ressenti et tout est en place, il suffit d’un rien pour libérer toute la puissance et l’adresse du chasseur qui atteint le mammouth droit dans l’œil. Celui-ci s’effondre d’un coup, mort! Le coup a été terrible, jamais Rahan n’avait envoyé sa lance avec tant de vigueur. Passé la surprise, Rahan perçoit que tout danger est maintenant écarté, et après un grand silence de stupéfaction, tous les chasseurs poussent un cri de libération et viennent acclamer Rahan.

La tension musculaire retombe brutalement à tel point que les jambes de Rahan se dérobent subitement tant et si bien qu’il se retrouve bêtement assis sur ses fesses. On en reparlera pendant plusieurs générations. (C’est même arrivé jusqu’à nous car je crois qu’une bande dessinée vante  les mérite de Rahan, c’est dire!)

Le stress a préparé l’action, l’action à libéré la tension, la brutale détente permet à nouveau la libre circulation du sang vers tous les organes et la recharge en énergie des muscles. C’est le cycle idéal.

 

20 000 ans plus tard.

 

Jean Pierre commence un nouveau travail demain. Il vient de décrocher un poste de responsable commerciale dans une concession Renault.  Après 6 mois de chômage ou il a eu très peur (hé oui, il est vieux avec ses 45 printemps!) il jubile. Le soir  venu, il se met au lit et pense qu’il ne doit pas se rater, il doit faire ses preuves au plus vite. Ses muscles se tendent un peu, sa mâchoire se crispe, le cassoulet de la veille lui reste un peu sur l’estomac.

Jean Pierre est dans une phase de mise en place du stress. Comme Rahan! Mais le stress prépare à l’action, pas à la digestion ni au sommeil!  Jean Pierre stress n’importe quand!

Au bout de 6 mois de travail, son patron le convoque pour lui dire sur un ton très désagréable que sa productivité doit augmenter très nettement et très rapidement. C’est une stratégie de la part de son patron qui n’a aucune envie d’être désagréable avec Jean Pierre mais la direction générale du groupe impose ce type de comportement.

Jean Pierre encaisse le coup, ses mâchoires se serrent encore plus, les muscles de son dos sont tendus et ne se relâche même plus la nuit. Jean Pierre devient insomniaque. Il s’organise dans son travail, devient de plus en plus efficace et malgré cela, son patron lui demande encore plus.

Jamais de reconnaissance pour Jean Pierre, ce qui lui permettrait, avec la concrétisation de son travail et donc la justification de son stress, de pouvoir résoudre cette période de tension et la valider par un épisode de détente et de plaisir. De plus Jean Pierre passe beaucoup de temps au travail, et il est soucieux le soir chez lui. Sa femme ne le reconnaît plus et se sent mise à l’écart et ses enfants délaissés. La base familiale de Jean Pierre bat de l’aile.

Un matin, Jean pierre se lève, prend sa brosse à dent un peu vite et pousse un hurlement. Une douleur déchire le bas de son dos, il ne peut plus se baisser ni se redresser. Lumbago aigüe dira le médecin!

Contrairement à Rahan, Jean Pierre reste dans la phase de préparation à l’action. Il passe son temps et son énergie à préparer l’action, attendant sa résolution : la mort du mammouth chez Rahan, la reconnaissance des résultats chez Jean Pierre. Donc une mise en tension qui dure, et dure encore. Il y a consommation d’énergie mais le renouvellement ne se fait pas, ou dans de très mauvaise conditions. Jean Pierre s’épuise et sa vie se dégrade.

Conclusion, il n’y aura pas de bande dessiné sur Jean Pierre dans 20 000 ans!

Le stress est essentiel à la vie, c’est l’absence d’alternance de période de stress et de repos, d’action et de restructuration, de challenge et de satisfaction qui dégrade la vie.

Vive le stress et dites à votre entourage que le meilleur de l’être humain s’obtient en respectant cette alternance, source d’équilibre!